Octobre 2008. Hanoï est encore sous l’eau. Pour aller chercher le groupe à l’hôtel Army, je marche par endroits dans une eau qui m’arrive jusqu’à la taille.
Dès la prise en charge, je préviens les voyageurs : les intempéries ont fortement perturbé les routes vers le Nord. Nous devrons prendre un itinéraire plus long, mais j’espère encore maintenir le programme. Le lendemain, c’est le marché du dimanche à Bắc Hà.
Au fil des kilomètres, ils voient eux-mêmes ce que cela signifie : des portions de route abîmées, de l’eau par endroits, des passages difficiles que le car franchit encore avec prudence. Ce que j’avais annoncé au départ devient peu à peu visible.
Vers vingt heures, à environ quatorze kilomètres de Bắc Hà, cette fois, le car ne passe plus.
Devant nous, plusieurs trous sont remplis d’eau. Le chauffeur essaie une première fois. Il recule, tente une autre trajectoire, plus près du talus. Rien à faire.
Nous descendons. Avec ce que nous trouvons sur place, nous essayons de consolider le passage avec des pierres et de la paille. Le chauffeur descend lui-même dans l’un des trous pour vérifier. L’eau lui monte au-dessus des genoux. Cette fois, le constat est clair : le car ne pourra pas passer.
Un peu plus loin, nous trouvons un abri où se trouvent deux ouvriers. Ils n’ont ni mécanicien ni matériel pour nous aider. Eux aussi confirment que notre véhicule ne peut pas franchir ce passage.
Il fait nuit, il pleut toujours. Les voyageurs voient très bien la situation et l’inquiétude monte. Les hypothèses commencent à circuler.
Je leur demande de rester calmes et de me laisser le temps de prendre quelques contacts. Je reviendrai les informer dès que j’aurai quelque chose de concret.
Je m’écarte un peu pour pouvoir téléphoner tranquillement.
J’appelle d’abord l’hôtel Sao Mai, qui nous attend encore pour le dîner. C’est au cours de cet appel que j’apprends que deux Land Cruiser se trouvent à Bắc Hà. Je sais à qui ils appartiennent : à l’équipe de Cường, un professionnel que je connais.
Je l’appelle aussitôt, lui explique la situation et lui demande de nous venir en aide. Il contacte ses chauffeurs. Je les appelle ensuite directement pour organiser le transfert : venir chercher le groupe, nous conduire jusqu’à Bắc Hà, puis revenir le lendemain matin au point convenu pour retrouver notre chauffeur principal.
Les deux hommes ont déjà terminé leur journée. Nous nous mettons d’accord sur leur intervention et sur une compensation correcte pour ce déplacement supplémentaire.
Il nous faut environ trente minutes pour tout organiser.
Je ne retourne vers le groupe qu’une fois la solution réellement en place.
Le soulagement est immédiat. Chacun prend seulement ce dont il a besoin pour la nuit et pour le marché du lendemain. Le reste des bagages demeure dans le car, sous la responsabilité de notre chauffeur.
Nous avançons à pied par le talus pour contourner la zone inondée et rejoindre les deux Land Cruiser de l’autre côté.
Une fois à bord, l’atmosphère change complètement. Les voyageurs rient, certains se mettent à chanter. L’inquiétude est retombée.
Moi, je ne suis pas encore rassuré.
Les chauffeurs m’ont prévenu qu’il reste plusieurs mauvais passages avant Bắc Hà. Ils sont franchissables, mais la route reste difficile. Il fait nuit noire. La pluie continue de tomber. Par moments, le brouillard et les nuages bas réduisent encore la visibilité. Quelques lumières apparaissent au loin dans la vallée. Le long de la route, le bruit de l’eau ressemble parfois à celui d’une cascade.
Nous arrivons finalement à l’hôtel Sao Mai vers vingt-deux heures trente.
Le propriétaire vient jusqu’au portail pour nous accueillir et prendre de nos nouvelles. Je lui demande de réchauffer le dîner, de compléter le repas et d’apporter une bouteille de rượu ngô.
C’est seulement à ce moment-là que je commence vraiment à me détendre.
Les voyageurs applaudissent les chauffeurs et les invitent à trinquer pour se réchauffer. Autour de la table, je pense à Cường, qui a répondu immédiatement, aux deux chauffeurs qui ont accepté de repartir dans la nuit, au patron de l’hôtel qui nous attendait encore, et au groupe qui m’a laissé le temps de chercher une solution.
Je lève mon verre.
« Grâce à VinaPhone ! »
Tout le monde éclate de rire.
Le lendemain matin, nous sommes au marché de Bắc Hà, comme prévu.

Puis les deux Land Cruiser nous ramènent au point de rendez-vous. Nous retrouvons notre chauffeur, le car et les bagages.
Le voyage reprend.
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