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Ce qu’on ne connaît pas encore du Vietnam

/Une croisière de deux jours et une nuit dans la baie d’Hạ Long a son propre rythme.

Entre les visites, les repas et les moments de navigation, il y a aussi des activités plus légères. Ce jour-là, nous venions de terminer un atelier de préparation de bánh gối.

Le jour commençait à tomber sur la baie.

C’était l’heure du cocktail. Je bavardais avec les voyageurs, je prenais quelques photos avec eux. L’atmosphère était détendue, bien différente des moments où le guide explique, organise ou surveille l’horaire.

C’est à ce moment-là qu’un voyageur marocain s’est approché de moi.

Depuis le début du circuit, j’entendais bien sûr les compliments sur les paysages, l’accueil ou la gentillesse des gens.

Mais leurs questions me révélaient autre chose. Devant un temple, une offrande, une pagode ou simplement une scène de la vie quotidienne, ils s’arrêtaient parfois sur des détails auxquels ils ne s’attendaient pas.

Je réalisais peu à peu qu’ils étaient venus avec une certaine image du Vietnam — et qu’ils en découvraient beaucoup d’autres sur place.

Lui est allé un peu plus loin.

Il m’a parlé de promotion touristique.

Ce que l’on connaît avant de partir

Pour m’expliquer son idée, il a pris l’exemple de son propre pays.

Pendant longtemps, me racontait-il, lorsqu’on parlait de tourisme au Maroc, certaines images revenaient immédiatement : le Sahara, le désert, les campements…

Bien sûr, tout cela fait partie du Maroc.

Mais beaucoup d’étrangers, disait-il, connaissaient moins ses autres visages : les villes, les hôtels, la cuisine, les plages, les infrastructures…

Il m’a parlé aussi du football. Selon lui, les performances internationales de l’équipe marocaine avaient éveillé une nouvelle curiosité pour son pays. Il évoquait les chantiers, le développement des infrastructures et la Coupe du monde 2030 comme autant d’occasions d’accroître encore cette visibilité.

Puis il est revenu au Vietnam.

Son constat était finalement très simple :

Un pays peut avoir beaucoup à offrir. Encore faut-il le faire savoir.

Au cours de son voyage, il avait découvert ici beaucoup de choses dont il avait peu entendu parler avant son départ.

Pour lui, le marketing et la publicité touristique avaient aussi ce rôle : faire connaître une destination, susciter la curiosité et donner envie de venir.

Sa remarque revenait, en substance, à ceci :

« Vous avez beaucoup d’atouts que nous découvrons seulement une fois arrivés. Il faut aussi les faire connaître. »

Cette remarque m’est restée.

Donner envie sans tout révéler

Faire connaître un pays ne signifie évidemment pas tout montrer avant le départ.

À quoi servirait le voyage s’il ne restait plus rien à découvrir ?

Les images connues ne sont d’ailleurs pas nécessairement mauvaises. Le Sahara appartient au Maroc, comme les rizières, Hạ Long ou Hội An appartiennent au Vietnam.

Mais aucune de ces images ne suffit à raconter tout un pays.

Il existe donc un équilibre à trouver :

Le marketing donne envie. Le voyage garde la découverte.

Les messages reçus après le départ du groupe me l’ont rappelé à leur manière.

Ils parlaient bien sûr de Hanoï, de la baie d’Hạ Long, de Mai Châu et de ses rizières. Mais ils parlaient aussi de « moments partagés », du caractère unique de chaque étape, et même du sentiment de s’être « sentis comme chez eux ».

Certaines choses peuvent donner envie de partir.

D’autres ne peuvent être vécues qu’une fois sur place.

Comment construire la promotion d’une destination, quels marchés viser, quelles images choisir, quels moyens employer ? Ce sont des questions qui se jouent à une autre échelle.

Ce n’est pas mon propos ici.

Je garde simplement la remarque d’un voyageur : il avait fallu venir jusqu’au Vietnam pour découvrir tant de choses dont il avait si peu entendu parler avant de partir.

Quand les voyageurs racontent leur pays à leur tour

Le hasard a voulu qu’un autre voyageur marocain du même groupe me fasse vivre presque l’inverse.

Ancien professeur de français, amateur de littérature, il parlait avec beaucoup de fierté de sa région. Il me montrait sa ville, sa mosquée, son port, ses plages, un ancien palais, les motifs des broderies et des céramiques.

Cette fois, c’est moi qui ai ouvert Google Maps.

En l’écoutant, de vieux souvenirs me sont revenus.

Vers 2014, lors d’un de mes premiers groupes algériens, le tour leader avait apporté une boîte de dattes Deglet Nour. Il me les avait présentées avec une conviction qui me fait encore sourire :

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« Les meilleures dattes du monde ! »

Au fil des années, il y eut aussi des cartes postales, du chocolat, du vin, des spécialités de chez eux, des brochures du Québec… Une voyageuse nous envoya même après son retour tout un carton de sirop d’érable, que ma famille apprécia beaucoup.

Je voyais surtout alors des cadeaux, des souvenirs, des marques d’amitié.

Avec le recul, j’y vois aussi autre chose :

À leur manière, ces voyageurs m’apportaient un petit morceau de chez eux.

Autrefois, cela voyageait dans une valise, une brochure ou une carte postale.

Aujourd’hui, cela tient souvent dans un téléphone.

Le support a changé. Le plaisir de montrer d’où l’on vient, beaucoup moins.

Ce que le voyage garde pour lui

Peut-être est-ce aussi pour cela que cette conversation au crépuscule dans la baie d’Hạ Long m’est restée.

J’ai passé tant d’années à raconter mon pays aux voyageurs. Eux aussi, depuis longtemps, me racontent le leur.

Mais cette fois, l’un d’eux m’a laissé une question sur le mien.

Celui qui prépare son premier voyage au Vietnam a probablement déjà vu Hạ Long, les rizières, Hội An, les chapeaux coniques…

Tout cela existe. Tout cela mérite d’être vu.

Mais derrière ces images, il reste la vie quotidienne, les rencontres, les conversations, les gestes que l’on ne remarque qu’une fois sur place — et parfois ce sentiment inattendu dont m’ont parlé ces voyageurs après leur retour : s’être sentis un peu comme chez eux.

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Alors je garde une question :

Que pouvons-nous faire connaître du Vietnam pour donner envie de venir — et que devons-nous laisser au voyage le plaisir de révéler ?

Je n’ai pas à apporter seul la réponse.

Et heureusement, peut-être.

Il faut bien laisser quelque chose au voyage.

Thuấn
Atelier des Récoltes 🌱

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