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La question qui a changé ma manière de guider

Il y a vingt-cinq ans, je guidais un couple de voyageurs français dans les montagnes du Nord-Ouest du Vietnam.

À cette époque, j’étais encore un jeune guide. Je connaissais les itinéraires, les monuments et les histoires que l’on attend d’un guide. Je pensais que mon travail consistait à transmettre des connaissances.

Ce jour-là, après plusieurs heures de route, nous sommes arrivés dans un petit village thaï.

Une maison sur pilotis nous a accueillis.

Un vieil homme nous a invités à entrer.

Nous nous sommes assis autour d’une petite table en bois. Le thé fumait dans les tasses. Un peu d’alcool de riz circulait de main en main. Les conversations se faisaient lentement, entre quelques mots, des sourires et de longs silences.

Le temps semblait suivre un autre rythme.

Avant de repartir, nous avons traversé la cour en terre battue. Un enfant courait derrière une poule. Une femme préparait le repas du soir. Personne ne semblait pressé.

C’est à ce moment-là que l’un des voyageurs m’a posé une question.

« Pourquoi semblent-ils si heureux alors qu’ils possèdent si peu ? »

Je suis resté silencieux.

Je n’avais pas de réponse.

Je connaissais leur histoire.

Je pouvais expliquer leurs traditions.

Je pouvais parler de leur maison, de leurs vêtements ou de leur mode de vie.

Mais je ne savais pas répondre à cette question.

Pendant longtemps, j’ai cru que cette question était restée sans réponse.

Avec le temps, j’ai compris qu’elle avait surtout changé ma manière de regarder le Vietnam.

À partir de ce jour, j’ai cessé de chercher uniquement des informations à transmettre.

J’ai commencé à observer davantage.

À écouter plus longtemps.

À accepter que certaines rencontres valent davantage qu’une explication.

Aujourd’hui encore, lorsque je retourne dans un village, je repense souvent à cette question.

Je ne sais toujours pas s’il existe une réponse universelle.

Mais je sais qu’elle a fait de moi un autre guide.

Elle m’a appris qu’un voyage ne se mesure pas seulement à ce que l’on découvre.

Il se mesure aussi aux questions que l’on emporte avec soi.

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